Union de fait au Québec : droits, protections et limites juridiques

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Union de fait au Québec : ce que la loi ne protège pas

Au Québec, de nombreux couples choisissent de vivre ensemble sans se marier. On parle alors d’union de fait.

Ce modèle de vie commune est aujourd’hui très répandu. Pourtant, une idée persiste : celle selon laquelle vivre ensemble pendant plusieurs années créerait automatiquement des droits entre conjoints.

La réalité juridique est différente.

Contrairement au mariage ou à l’union civile, l’union de fait ne crée pas automatiquement les mêmes protections juridiques entre partenaires. Plusieurs mécanismes qui s’appliquent aux couples mariés n’existent tout simplement pas pour les conjoints de fait.

Comprendre cette différence est essentiel pour éviter certaines surprises lors d’une séparation ou d’un décès.

Qu’est-ce qu’une union de fait au Québec ?

On parle généralement d’union de fait lorsque deux personnes vivent ensemble dans une relation conjugale sans être mariées ni unies civilement.

Contrairement au mariage, aucune formalité n’est nécessaire pour former une union de fait :

  • il n’y a pas d’enregistrement officiel

  • aucun contrat n’est obligatoire

  • aucune déclaration n’est exigée

En pratique, l’union de fait est reconnue lorsque deux personnes partagent une vie commune et présentent les caractéristiques d’un couple.

La loi peut tenir compte de différents éléments pour reconnaître cette réalité :

  • la durée de la relation

  • les projets communs

  • les dépenses partagées

  • le caractère public de la relation

Cependant, cette reconnaissance sociale ne crée pas automatiquement les mêmes droits que le mariage.

Après combien de temps devient-on conjoint de fait ?

Contrairement à une croyance répandue, il n’existe pas de durée unique qui crée automatiquement un statut juridique comparable au mariage.

Certaines lois utilisent des critères différents pour reconnaître les conjoints de fait. Par exemple :

  • certaines règles fiscales considèrent un couple comme conjoints de fait après un an de vie commune

  • d’autres régimes utilisent parfois trois ans de vie commune

Toutefois, ces critères servent principalement à des fins administratives. Ils ne transforment pas automatiquement l’union de fait en mariage.

Les protections juridiques qui n’existent pas en union de fait

Plusieurs mécanismes juridiques importants s’appliquent automatiquement aux couples mariés ou unis civilement. Ces protections n’existent généralement pas pour les conjoints de fait.

Le patrimoine familial

Dans un mariage, certains biens doivent être partagés lors d’une séparation. On parle alors de patrimoine familial.

Ce mécanisme peut inclure :

  • la résidence familiale

  • les meubles de la maison

  • les véhicules utilisés par la famille

  • certains régimes de retraite

En union de fait, le patrimoine familial ne s’applique pas automatiquement.

Si un seul conjoint est propriétaire de la maison ou d’un véhicule, l’autre conjoint n’a pas nécessairement droit à une part de ces biens lors d’une séparation.

Le partage automatique des biens

Dans un mariage, un régime matrimonial peut prévoir un partage des biens entre les conjoints.

En union de fait, la règle est généralement plus simple :

chacun reste propriétaire de ses biens.

Ainsi, si un bien est acheté par une seule personne, il lui appartient généralement, même si l’autre partenaire a contribué indirectement aux dépenses du couple.

La pension alimentaire entre conjoints

Lors d’un divorce, un tribunal peut accorder une pension alimentaire pour conjoint lorsque certaines conditions sont remplies.

En union de fait, ce mécanisme n’existe généralement pas.

Même après plusieurs années de vie commune, un partenaire ne peut pas automatiquement réclamer une pension alimentaire à l’autre lors d’une séparation.

L’héritage en cas de décès

Lorsqu’une personne mariée décède sans testament, son conjoint peut avoir droit à une partie de la succession.

Pour les conjoints de fait, la situation est différente.

Sans testament, le conjoint survivant n’hérite généralement pas automatiquement.

Les biens peuvent alors être transmis aux enfants ou à d’autres membres de la famille.

Exemple concret

Une personne décède sans testament après plusieurs années de vie commune.

Si la maison appartenait à cette personne, le conjoint survivant pourrait ne recevoir aucune part de la succession.

Dans certaines situations, le conjoint survivant pourrait même se retrouver copropriétaire du bien avec les enfants ou d’autres héritiers.

Certains avantages existent malgré tout

Même si l’union de fait offre moins de protections juridiques que le mariage, certaines règles reconnaissent tout de même les conjoints de fait.

Par exemple :

  • les règles fiscales de Revenu Québec et de l’Agence du revenu du Canada accordent plusieurs avantages similaires aux couples mariés

  • les conjoints de fait peuvent adopter un enfant ensemble

  • certains régimes d’assurance permettent d’inclure un conjoint de fait comme bénéficiaire

  • un conjoint de fait peut parfois consentir aux soins de santé de l’autre en cas d’incapacité

Ces situations démontrent que l’union de fait est reconnue dans certains contextes, même si les protections juridiques restent plus limitées que dans le mariage.

Comment se protéger en union de fait

Même si la loi offre moins de protections automatiques, certaines démarches peuvent aider les couples à mieux organiser leur situation.

Le contrat de vie commune

Les conjoints peuvent rédiger une convention de vie commune pour prévoir certains aspects de leur relation.

Par exemple :

  • le partage de certains biens

  • la gestion des dépenses

  • certaines protections en cas de séparation

Le testament

Le testament est un document essentiel pour les couples en union de fait.

C’est généralement le seul moyen de transmettre un héritage à son conjoint de fait.

Sans testament, la loi ne prévoit pas automatiquement qu’un conjoint de fait hérite de la succession.

Le mandat de protection

Un mandat de protection (anciennement mandat en cas d’inaptitude) permet de désigner une personne qui pourra prendre des décisions si l’on devient incapable de le faire soi-même.

Plusieurs couples choisissent d’y nommer leur conjoint.

L’assurance vie

Certaines personnes souscrivent également une assurance vie afin de protéger financièrement leur conjoint en cas de décès.

Cette protection peut aider à couvrir certaines dépenses importantes ou à compenser la perte d’un revenu.

Comprendre avant de choisir

Choisir de vivre en union de fait n’est pas nécessairement une erreur. Pour plusieurs couples, c’est un choix cohérent avec leur vision de la relation.

Cependant, ce choix implique un cadre juridique différent du mariage ou de l’union civile.

Comprendre ces règles permet de prendre des décisions plus éclairées et d’éviter certaines surprises dans l’avenir.

En conclusion

Les conjoints de fait ont-ils les mêmes droits que les couples mariés ?

Non. Plusieurs protections juridiques du mariage ne s’appliquent pas automatiquement aux conjoints de fait, notamment le patrimoine familial et la pension alimentaire entre conjoints.

Vivre ensemble longtemps crée-t-il automatiquement des droits ?

Non. La durée de la relation ne transforme pas automatiquement une union de fait en mariage.

Les conjoints de fait héritent-ils automatiquement ?

Non. Sans testament, un conjoint de fait n’hérite généralement pas automatiquement de son partenaire.

Comprendre les règles générales est une première étape.
Mais chaque situation de couple comporte ses particularités :

  • durée de la relation

  • présence d’enfants

  • propriété des biens

  • contributions financières

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